S'il y a quelque chose de positif dans cette campagne et surtout dans cette victoire, c'est le fait que ça discute, et que j'ai quand même l'impression que pas mal de gens se posent des questions, surtout sur cette question: Qu'est-ce qu'on fait maintenant?
Je vais ici livrer mes impressions personnelles, disons la suite de ma réflexion, toujours non aboutie à l'heure qu'il est.
Il y a un mois, je prétendais sur un coup de sang "imaginer la France d'après" en illustrant le slogan de l'UMP avec des pavés.
Aujourd'hui, je n'en ai toujours pas lancé un seul, malgré les deux trois occasions qui se sont présentées depuis dimanche.
Comme je le disais précédemment, cette nouvelle, bien qu'attendue, m'a assommé, comme elle en a assommé beaucoup d'autres, je présume. Je me suis retrouvé avec ces sentiments contradictoires, qui je pense me constituent:
solution 1: colère; j'y vais et je défonce tout. J'ai des enfants et je ne veux pas vivre dans un état policier ultra-libéral, zone de non droit. Malheureusement, je ne me suis pas retrouvé dans une énergie de groupe qui me le permettait. J'ai un souvenir "d'actions" dans une manifestation d'intermittents du spectacle: invasion de la mairie de Toulouse, débranchement des ordinateurs, puis entrée avec effraction au siège de l'UMP. ça soulage mais quelle frustration quand les CRS déboulent. Et là, j'aurais pris des coups dans la gueule avec de la taule ferme, c'est un truc à devenir terroriste. Mais je crois que malheureusement ces émeutes et surtout la peur que les médias créent avec sont le fond de commerce de Sarkozy (cf Bush), c'est avec ça qu'il est devenu président, c'est avec ça qu'il risque de le rester au delà de ce mandat.
Solution 2: dégoût, voire haine de mes compatriotes. Je prend ma famille et on se casse loin de tout ça. Vous m'écrivez pour me tenir au courant? Je veux bien être compréhensif avec son électorat (heu 53%!), mais pas compatissant: vous l'avez choisi? Allez vous faire foutre: vous êtes assez cons pour croire que "le président des petits chefs" allait donner toute légitimité à tous vos penchants les plus minables, qu'il allait payer les lunettes de vos gosses et que vous pourriez acheter un appartement et une voiture avec l'argent des heures sup' exonérées. Pensée corporatiste, pensée française. Oui, si on vous file un plat de merde en vous disant que c'est de la mousse au chocolat, vous l'avalez et en demandez plus ("mais monsieur, c'est plus cher pour la merde!" "Tant pis, je suis prêt à faire ce sacrifice"). Pendant ce temps Monsieur se ressource sur son yacht en pensant aux ouvriers et à cette petite France dont il vient et qu’il aime et qu’il n’a pas envie de décevoir. Le président des petits chefs, n'oubliez pas qu'au dessus de lui, il y a les grands patrons.
Solution 3: me rapprocher de partis ou de mouvements politiques et prendre la température.
Voir s’il n’y a pas moyen d’agir en tant que militant. Problème: j'ai toujours détesté les manifs, je ne m'y suis jamais reconnu, coincé entre des guitares sèches et des djembés, ambiance saucisson ou étudiants. J'ai toujours eu peur et horreur des leaders, et dans une manif, j'ai l'impression d'être un mouton qui va se jeter dans la flotte. Donc me retrouver fiché dans un parti me fait très peur.
De plus, je trouve le discours "Sarko Facho et ceux qui ont voté pour lui aussi" un peu trop juste et nul, ce n'est pas si simple. La caricature et la démagogie sont partout et je refuse d'utiliser les mêmes armes que mes ennemis. Ceci dit il y a sans doute moyen de trouver des gens qui sont dans un autre questionnement, plus complexe.
Solution 4 : Continuer malgré tout à me consacrer en priorité à ce que j’ai envie de dire à travers la musique. Oui, mais il n’y a pas que la politique dans la vie. Si j’ai envie d’écrire sur autre chose ?
Solution 5 : Une approche plus cool du problème, genre action citoyenne, presque éducative auprès des jeunes générations. C’est sans doute la chose qui a le plus d’avenir et surtout le plus d’intérêt : éduquer les enfants sur l’image, sa dictature, sa manipulation, éveiller la curiosité, le « pense par toi-même et n’aie pas peur d’être unique ». Problème mineur : c’est un peu baba cool ce côté éducateur.
Le seul problème, au dessus de tout ça, c’est qu’il faudrait que j’ai une haute image de l’homme pour me lancer à corps perdu dans un tel truc et que c’est vrai que ces temps-ci, entre les uns et les autres, et aussi mon incapacité à être clair avec moi-même, je me fais beaucoup de soucis.