vendredi 11 novembre 2005

Life goes on.

Retour en France. ça brûle pendant la nuit. Parfois on entend des sirènes, pas plus que d'habitude. Hier soir, il y avait un hélicoptère, de l'autre côté du canal, avec une lumière qui rasait les immeubles, ils devaient chercher quelqu'un ou quelque chose. ça a duré au moins 5 minutes. Dans la ville, on ne ressent rien, peut-être quelques policiers en plus, quelques CRS, pas plus. On ne ressent pas de tension particulière.
Je ne suis pas allé au Mirail ou à Bagatelle, ça chauffe un peu là-bas.
Hier après-midi, à vélo, j'ai eu des flash, des hallucinations. Une voiture passait à côté de moi et quelqu'un balançait un cocktail molotov. Ensuite, deux ou trois types cagoulés couraient et hurlaient. Une poubelle s'est enflammée soudainement. Je traversais cette panique en slalomant, en sautant les trottoirs. Je n'avais pas peur, comme si je m'étais fait à cette idée, comme si je m'étais fait à cette idée que je ne verrais rien de cela. En tout cas aujourd'hui.
À la télévision, Azouz Begag et Kool Shen sont d'accord, ça me fait mal au bide. La scène est terrifiante. Je m'attendais à un peu plus d'aggressivité. Kool Shen se rattrappe sur la fin en parlant de Sarkozy, il s'énerve un peu, mais tout ça est bien léger. Je me sens trompé, bafoué, alors que je ne suis même pas directement concerné. Plus tard, au moment du zapping, un mec avec le visage flouté prononce des mots bien plus appropriés à la situation, de la colère, la vraie.
C'est une honte, une honte pour notre pays. Les gamins des banlieues, nés ici mais métis ou de couleur ne se considèrent même pas comme "Français". Ceux qu'ils appellent Français sont tout simplement des blancs. Comment pourraient-ils s'émouvoir d'un service public qui part en fumée, d'une école ou d'une médiathèque qui brûle? Il serait temps d'en finir avec ce vieux complexe colonialiste, il serait temps pour nous, "Français" bâtards, issus des vagues d'immigrations d'avant et d'après guerre, ritals, portos, polacks, il serait temps de relever la tête, de se raffraichir la mémoire. Mes grands parents se faisaient traiter de macaronis. Ils sont arrivés sans le sou, ils ont travaillé dur pour pas grand chose, juste de quoi nourir leur famille. Leurs enfants se sont mariés avec des Français, leurs petits enfants sont nés ici. Je suis Français. C'était il n'y a pas si longtemps.
Je suis Français et j'ai honte. Je ne parle même pas de la honte d'être blanc, c'est un autre problème, bien plus complexe, pourtant pas si éloigné de notre actuel soucis. Je suis français et je suis en colère. Quelles réponses? Quelques millions d'euros pour les associations, un couvre feu, une prime au mérite et à l'apprentissage, quelques expulsions. Pendant ce temps, en catimini, à l'ombre des médias, le médef, l'unedic et les partenaires sociaux renégocient l'assurance chômage, volonté du médef pour en faire baisser le déficit: raccourcir la durée des indemnités en les diminuant légèrement tout en rendant leur accès un peu plus difficile. Beau programme. La bataille va être tendue, en tout cas je l'espère.
Je ne suis pas pour la violence ou l'émeute mais je crois qu'il va falloir se faire peur pour faire avancer un pays aussi vieux.

2 commentaires:

Pixapins a dit…

Ado, j'étais admirative de ce pays au slogan Liberté, Égalité, Fraternité... le jour où j'ai franchi les pyrénées pour rejoindre mon ami, l'admiration s'est vite estompée, quel est ce pays où on parque dans des ghettos des populations entières ! quel est ce pays où pour obtenir une carte de séjour il faut faire la queue dès 5 h du matin tout en étant européen ! quel est ce pays qui ne crois plus à l'éducation ni à la culture populaire ! quel est ce pays au discours et pensée centralisé ! quel est ce pays qui a effacé de ses timbres, et pas que sur ces timbres, ce merveilleux Liberté, Égalité, Fraternité...

Pixapins

ventd_travers a dit…

C'est bien d'avoir le grand trip égalitaire bien assis au chaud dans son canap'. Mais le problème, c'est que pour pouvoir scander ce slogan sans rougir il faut mettre le nez dehors... Mais là, la "clientèle" est réduite. Et si nous renoncions à l'état et à la propriété ? Hein ! en voilà une idée (et c'est pas une idée du nouveau parti socialiste...)... Cela fait juste 150 ans que des types le crient...

" -Etre Gouverné...-

c'est être gardé à vue, inspecté, espionné,dirigé, légiféré, reglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre ni la science, ni la vertu...
Etre gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonestré, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous pretexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, ranconné, exploité, monopolisé, concusionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre révolte, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendié, vexé, traqué, houspillé, assomé, désarmé, garotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !
Et qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République !
Pierre Joseph Proudhon - Idée générale de la révolution au XIXe siècle"